Arabie Saoudite immeubles

Modifié le 28 février 2024

L’ARABIE SAOUDITE, FUTURE SMART NATION DU MOYEN ORIENT

Temps de lecture : 6 minutes

« Une terre d’opportunité pour les startups du monde entier ». Le directeur de Business France en Arabie Saoudite, Rachid Boulaouine, en est convaincu : d’ici à 2030, l’Arabie Saoudite sera devenue un hub incontournable de l’innovation mondiale, à la croisée des écosystèmes occidentaux et asiatiques. « La Vision 2030 du prince héritier Ben Salman […]

« Une terre d’opportunité pour les startups du monde entier ». Le directeur de Business France en Arabie Saoudite, Rachid Boulaouine, en est convaincu : d’ici à 2030, l’Arabie Saoudite sera devenue un hub incontournable de l’innovation mondiale, à la croisée des écosystèmes occidentaux et asiatiques. « La Vision 2030 du prince héritier Ben Salman a créé ce terreau fertile en mobilisant les capitaux financiers et humains : tous les efforts de modernisation convergent désormais vers le secteur des nouvelles technologies… et l’appel d’air est important pour les solutions étrangères ».

AGTECH, FINTECH, ENERGY MANAGEMENT…


Symboles manifestes de cet appétit de digitalisation : les méga-projets comme NEOM, la mégalopole du désert, ou SPARK , la cité énergétique industrielle. « Ces chantiers témoignent de la diversité des projets de transformation digitale menés dans le Royaume, témoigne Rachid Boulaouine. La semaine dernière, j’échangeais avec un industriel qui cherchait des solutions de maintenance prédictive pour détecter des fuites. Et quelques jours après, c’étaient des besoins autour de l’exploitation de l’hydrogène qui m’étaient remontés. Les marchés d’applications sont considérables ».

Agtech, fintech, efficacité énergétique ou encore tourisme et health tech… Dans un pays où les donneurs d’ordre se diversifient et s’ouvrent plus résolument aux marchés mondiaux, les besoins de savoir-faire et d’outils innovants n’ont jamais été aussi pressants. Et qu’importe la taille des fournisseurs pourvu qu’il y ait l’innovation…

Problème : « Les acteurs français n’ont pas encore pris la mesure de l’urgence, regrette Rachid Boulaouine. C’est maintenant qu’il faut se rendre visible car en 2030, ce sera trop tard ; et les concurrents américains, chinois, anglais ou singapouriens l’ont bien compris ».
Depuis son bureau à Riyadh, il s’active pour mobiliser les acteurs de la French Tech, en lien avec les services de l’Ambassade, le conseil d’affaires franco-saoudien (CAFS) et Afalula, l’agence française d’accompagnement culturel en Arabie Saoudite, pilotée par l’ancien ministre Jean-Yves Le Drian. « C’est un sujet prioritaire pour nous, confirme-t-il. Car au-delà du terrain d’applications qu’il propose, le Royaume est surtout en passe de devenir un investisseur et accélérateur de premier plan dans les technologies du futur ».

LE ROYAUME DES INVESTISSEURS TECH

Une illustration de ce rôle de business angel ? En 2022, Pasqal le concepteur français de processeurs quantiques, s’est trouvé incubé au sein du programme « Destination Deep Tech » de la société pétrolière Saudi Aramco. Pendant trois mois, l’entreprise a bénéficié d’un accompagnement exclusif aux côtés de quatre autres startups internationales, sur le campus de l’université KAUST (King Abdullah University of Science and Technology). Une opération qui s’est soldée en janvier 2023 par une levée de fonds de 108 millions de dollars en Série B, incluant une participation du fonds saoudien Wa’ed Ventures.

« Le Royaume veut devenir une plaque tournante de l’entrepreneuriat technologique, confirme Rachid Boulaouine. Ce qui conduit les fonds d’investissement et de capital risque, même s’ils sont en partie à composante publique, à financer des startups internationales ». Parmi les grands acteurs de ce financement tous azimuts, on retrouve ainsi des sociétés comme Misk Innovation, la Saudi Venture Capital Company (SVC) ou encore Hala Ventures ; et, emblème de la Vision 2030, le fonds souverain Public Investment Fund (PIF) flèche 6,4 milliards de dollars sur les nouvelles technologies – il aurait d’ailleurs pris des participations dans Uber, Electronic Arts et Activision-Blizzard. Au total, fonds publics et privés compris, ce ne seraient pas moins de 20 milliards de dollars de financement qui seraient mobilisables sur le marché saoudien pour le secteur des nouvelles technologies.

« Les sociétés américaines ont vite compris l’intérêt à se positionner, d’autant que les grands comptes étaient déjà présents dans le pays ; et, plus récemment, on voit émerger une nouvelle concurrence venue de Chine, avec des performances remarquées de Huawei et Alibaba Cloud sur de nombreux projets », note Rachid Boulaouine. D’où l’importance pour lui d’inscrire rapidement la France dans le paysage des partenaires technologiques privilégiés du Royaume (et notamment dans le viseur du ministère en charge des sujets technologiques, le MCIT).

LEAP

LE « DAVOS DU DIGITAL »


En mars prochain, le salon LEAP à Riyadh devrait lui offrir la possibilité de démontrer la qualité et la diversité de l’offre française : vitrine de la Tech au Moyen Orient, auto-proclamé « Davos du Digital », le salon a accueilli pas moins de 178 000 visiteurs en 2023 et vise un rayonnement international. « Il y a plus de 180 pays rassemblés sous le même toit et tout le gratin de la tech mondiale est appelé à défiler dans les allées : pour les start-ups, c’est l’occasion de faire du networking en direct car, en Arabie Saoudite, tout passe par la relation humaine ». Premier argument d’attractivité affiché sur le site internet de l’événement : le capital financier concentré dans les allées (« deux mille milliards de dollars de portefeuilles d’investissements, un million de dollars de prize money pour les concours de pitch »)… une opportunité à ne laisser passer sous aucun prétexte pour Business France qui, pour la première fois, organise un pavillon dans le salon. « Nous attendons une trentaine de startups françaises », glisse Rachid Boulaouine.

UN ÉCOSYSTÈME TECHNIQUE, BUSINESS ET JURIDIQUE QUI SE STRUCTURE


En 2023, lors de ce même salon, 9 milliards de dollars d’investissements étaient annoncés pour la modernisation de l’infrastructure numérique du pays, préfigurant l’arrivée des géants Microsoft Azure, Oracle et Huawei sur le sol saoudien.

Car, au-delà de son intérêt financier indéniable, le Royaume offre également une performance en matière d’outils et de réseaux qui devrait permettre d’accélérer de nombreux projets. « L’Arabie Saoudite se place parmi les dix premiers pays au monde en matière de vitesse internet mobile et la 5G est déjà déployée dans 60 gouvernorats, confirme Rachid Boulaouine. Au-delà, c’est tout un écosystème technologique, juridique, business qui se met en place pour favoriser le déploiement des startups ». Lancé en 2007 par la King Abdulaziz City for Science and Technology (KACST), le programme Badir chapeaute ainsi huit incubateurs et quatre accélérateurs ; et à Riyadh, dans un ancien parking, ce sont 28 000 mètres carrés qui s’apprêtent à accueillir 300 start­ups sous l’étiquette The Garage, équivalent saoudien de STATION F (« un lieu qui a beaucoup impressionné les homologues saoudiens lorsqu’ils sont venus en France », confie Rachid Boulaouine).

Sur le terrain juridique et administratif, des efforts sont également fournis par les autorités pour limiter les contraintes et les surcharges : en 2021, pour attirer les fintechs dans la zone, le Royaume leur a proposé une sandbox réglementaire, un dispositif dédié pour tester les nouveaux modèles commerciaux dans un espace bancaire sécurisé. Du côté des grands comptes, des zones économiques spéciales avec exonérations fiscales ont été mises en place pour les inciter à installer leurs sièges régionaux à Riyadh… Avec un certain succès : fin 2022, des acteurs emblématiques d’autres secteurs comme Unilever, Siemens ou Deloitte sont venus s’installer et, d’ici à 2030, ce sont 480 entreprises qui devraient y localiser leur siège régional, d’après les objectifs du ministère de l’investissement.

LA QUESTION DES TALENTS, AU MASCULIN COMME AU FÉMININ

Reste à lever de nombreuses barrières et à accélérer la modernisation du pays, d’abord sur le terrain sociétal : en 2017, les femmes représentaient seulement 11% de l’écosystème tech saoudien… elles sont désormais 28%. « L’ouverture à la mixité s’opère rapidement, même si cela prendra forcément plus de temps qu’ailleurs, témoigne Rachid Boulaouine. Les nominations de femmes à la tête de grandes entreprises ou des symboles de réussite comme Deemah Alyahya agissent déjà comme des catalyseurs ».

Mais, au-delà de la question des femmes, c’est tout l’enjeu du capital humain qui est posé dans l’écosystème tech saoudien car le pays est encore limité dans le niveau d’expérience et la formation de ses talents. « Le paradoxe de l’Arabie Saoudite, c’est qu’elle possède une population jeune appétente aux technologies (70% a moins de trente ans et passe en moyenne trois heures par jour sur les réseaux sociaux) mais elle manque encore de compétences IT, malgré la volonté de rattrapage des universités », analyse Rachid Boulaouine.

Pour compenser ce retard, la Misk Foundation tente de développer un vivier saoudien et le pays s’appuie sur ses startups « made in Saudi » comme Tamara (fintech), Sary (e-commerce) ou FalconViz (data) pour structurer des process et des savoir-faire. « Pour les entreprises étrangères qui embauchent, la main d’œuvre est nombreuse et les politiques de saoudisation facilitent les procédures, mais les entreprises doivent forcément prévoir un temps de formation », complète Rachid Boulaouine.

UMOBILISER LA FRENCH TECH… DÈS 2024

Plusieurs grands comptes français ont d’ailleurs franchi le cap de l’installation et peuvent servir d’exemples et de locomotives à l’offre tricolore. Parmi elles, on recense Atos, Dalkia, Thalès mais aussi des entreprises spécialisées comme Idemia ou Azur Drone. « Étant donné la diversité des besoins, il n’y a pas de fléchage sur un segment tech en particulier, note Rachid Boulaouine. Mais l’intérêt de l’Arabie Saoudite est notamment de donner une réalité concrète à des secteurs encore très prospectifs comme les technologies de captation du carbone (CCUS) ou le métavers » – concernant ce dernier, un partenariat a été signé récemment entre NEOM et Animoca Brands, la maison-mère de The Sandbox. Dans le jeu vidéo, les ambitions sont immenses, avec 38 milliards de dollars investis par le PIF et un objectif de génération de 1% du PIB national. Côté fintech, le gouvernement espère porter à 70% la proportion de paiements digitalisés d’ici 2030. Et en matière d’intelligence artificielle, le pays se dote d’outils de pointe, comme l’illustre le contrat passé en août dernier avec NVidia pour la livraison de milliers de microprocesseurs à haute-performance. « IoT, retail tech, smart cities, cybersécurité… toutes les filières de la tech sont concernées. L’Arabie Saoudite tient vraiment à devenir la future smart nation du Moyen­Orient ».

Face à Riyadh, des concurrents régionaux de taille se dresse sur le chemin des startups en quête d’accélération : Tel Aviv, Dubaï… Pas toujours évident de rivaliser pour la capitale saoudienne qui, en 2021, ne comptait que 5% de sièges régionaux de multinationales. « Le mouvement d’agglomération vers Riyadh va aller très vite, prévient Rachid Boulaouine. D’autant plus si le cours du pétrole se maintient si haut (environ 80 dollars le baril) : c’est maintenant qu’il faut venir car les capitaux sont présents en masse dans le pays ».

Concentration d’investissements, mise à disposition de marchés d’application, infrastructure technique solide, facilitation juridique, modernisation sociétale… : la péninsule arabique ne semble pas en manque d’arguments pour attirer les innovateurs de demain. En mars prochain, le salon LEAP servira probablement de vitrine pour cette vision technologique que le Royaume cherche à faire vivre. « L’Arabie Saoudite veut mettre sur la Mer Rouge les technologies que le monde entier viendra chercher », conclut Rachid Boulaouine. Et si elles étaient françaises ?

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