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En 2021, Emmanuel Macron a annoncé un plan massif sur cinq ans pour la filière quantique.
De quoi rassurer les acteurs dans un secteur qui, en plus de ne pas être encore mâture, nécessite de nombreux investissements.
Comment la France se positionne-t-elle sur
ce marché ?

Au moment de cofonder Quantonation en 2018, Christophe Jurczak n’avait pas imaginé que la filière du quantique prendrait tant d’ampleur. Pourtant, trois ans plus tard, la course a bien commencé, en France comme à l’international, avec pour objectif de trouver l’ordinateur le plus intelligent et le plus puissant possible. Issu d’une discipline de la physique, le quantique vise en effet à développer de nouveaux cas d’usage, qui ne pourraient pas être accessibles aujourd’hui.

« L’utilisation des qubits permet de réduire le nombre d’opération de certain algorithme et de réaliser des calculs aujourd’hui non réalisable dans un temps  raisonnable par des ordinateurs classiques », explique Juliette Peyronnet-Dremiere, spécialiste du Quantique chez Business France.

À titre de comparaison, l’ordinateur quantique universel pourra ainsi résoudre, en seulement trois minutes, un calcul qui aurait mis 10.000 ans à être traité aujourd’hui, précise le site Trust my science.

Pourtant, aux premiers pas du quantique en 2015, les investisseurs tricolores manquaient à l’appel. Trop neuve et trop dangereuse, la filière quantique française restait très immature au moment où Christophe Jurczak et ses associés décident de créer leur fonds d’investissement en France. Mais après une levée de fonds réussie, Quantonation représente désormais le plus grand fonds international spécialisé dans le quantique, en matière d’activité.

« Aujourd’hui, on a près de 30 millions d’euros sous management sur ce fonds, et nous visons entre 50 et 60 millions avant la fin de cette année pour notre closing. Nous avons investi dans 15 sociétés et avons déjà eu un exit dans le portefeuille », précise Christophe Jurczak.

Également cofondateur d’une start-up deeptech, nommée Pasqal, ce physicien de formation peut se réjouir d’une récente levée de fonds réussie en France. En juin dernier, la société Pascal, qui utilise des atomes neutres pour développer ses processeurs quantiques, a levé plus de 25 millions euros, profitant même du premier fonds Innovation Défense, du ministère des Armées.

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Le Quantique,

Une menace ?

Car si le quantique répond à de nombreux besoins, comme dans le domaine de la santé, afin de faciliter par exemple la production de médicaments et la rendre plus rapide, la filière doit servir également en matière de défense.

« Les ordinateurs quantiques seraient par exemple capables de craquer des clés de sécurité publiques, utilisées par des banques ou des gouvernements. Cela leur permettrait d’avoir accès à des informations critiques. C’est en parti pour cela que les acteurs publics s’y intéressent », souligne Juliette Peyronnet-Dremiere. Un avantage motivant de nombreux pays à investir dans la filière et ainsi à protéger leur souveraineté. 

La France fait par exemple partie des pays ayant le plus investi en Europe, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni. En janvier dernier, le président Emmanuel Macron a en effet annoncé un plan d’1,8 milliard d’euros sur cinq ans.

« Nous allons passer de 60 à environ 200 millions d’euros publics et privés investis par an dans le secteur, C’est moins que les États-Unis et le Chine, mais davantage que l’Allemagne et le Royaume-Uni », avait précisé l’Élysée.

« Des collaborations académiques et industrielles »

Une reconnaissance du secteur par l’État qui pousse les acteurs français à continuer leurs recherches dans l’Hexagone. S’il hésitait au départ avec les États-Unis, Christophe Jurczak ne regrette pas d’avoir développé Quantonation en France.

« Nous sommes bien implantés dans le très bel écosystème français du quantique qui bénéficie de facilités pour monter des sociétés dans les deep tech », souligne-t-il. Mais pour ce dernier, la souveraineté ne doit pas entraver l’entraide entre les pays. « C’est important de garder des collaborations académiques et industrielles. En France, par exemple, il faut faire venir plus de talents de l’étranger dans certains segments comme le software », souligne-t-il.

Si aujourd’hui, les ordinateurs quantiques n’ont pas encore dépassé la puissance des ordinateurs classiques, la filière s’installe durablement dans l’industrie.

« La technologie s’est bien développée, on commence à voir des prototypes fiables dans le calcul quantique. Mais il y a encore des incertitudes assez fortes sur les horizons temporels. On attend ce qu’on appelle ‘l’avantage quantique commercial’, c’est-à-dire le moment où les entreprises vont utiliser de façon routinières des ordinateurs quantiques pour résoudre leur problème. Nous n’en sommes pas encore là », conclut Christophe Jurczak.

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