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Un plan décennal d’un montant de 11,4 Mds EUR pour stimuler l’économie numérique de la Malaisie.

Le plan MyDigital présenté par le Premier ministre malaisien en février dernier comporte trois grands axes sur lesquels des opportunités d’affaires pour les entreprises françaises existent :

  • la connectivité numérique (fibre, 5G et câbles sous-marins) ;
  • les infrastructures numériques (cloud et data centers, cybersécurité et solutions FinTech, AI, IoT et ERP) ;
  • les compétences et les talents numériques (formation et programmes d’accélération).

Renforcer la connectivité numérique de la Malaisie​

  • La fibre optique

Le Gouvernement prévoit que près de la moitié du budget annoncé soit dédié à la poursuite du programme national de connectivité numérique : « Jendela », un plan quinquennal lancé en 2020 visant à étendre la couverture internet par fibre optique fixe à 7,5 M d’établissements en 2022 et 9 M d’établissements d’ici 2025.

 

  • Les réseaux 2G, 4G et 5G

Le déploiement de la couverture internet est essentiel pour assurer la mise en place progressive de la 5G sur l’ensemble du pays dont le secteur est évalué à 5 Mds USD sur les 10 prochaines années. L’année 2021 sera marquée par la fin de la 3G et des investissements nouveaux dans la 2G et la 4G notamment dans les espaces ruraux, afin de garantir près de 97% de couverture nationale en 4G dans les deux prochaines années.

 

  • Les câbles sous-marins

Au-delà de ces investissements publics, sont attendus les investissements privés des entreprises de télécommunications : plus de 200 M EUR de câbles sous-marins (afin de faire de la Malaisie un des pays d’Asie du Sud-Est le mieux câblé dans les 5 prochaines années) et 3 Mds EUR pour étendre la connectivité 5G à l’échelle nationale.

Accélérer le déploiement d’infrastructures numériques du pays

  • Le Cloud et les data centers

La Malaisie ambitionne de faire partie des premiers pays de l’ASEAN à disposer d’un écosystème 5G avec des connexions internet rapides et des services cloud en temps réel, permettant un partage meilleur et accéléré de l’information. L’investissement dans le cloud (au détriment des terminaux physiques) et les datas centers est évalué entre 2,5 et 3 Mds EUR dans les 5 prochaines années et les fournisseurs de services de cloud computing (Google, Microsoft, Amazon et Telekom Malaysia (TM) en particulier) sont sur les rangs pour apporter leurs expertises dans ces secteurs clefs de la transformation numérique du pays.

L’administration malaisienne souhaite montrer l’exemple et table sur une généralisation du service du cloud pour le stockage de ses informations : 80% des données administratives seront stockées dans le cloud d’ici 2022.

Le cloud et les datas centers sont des secteurs particulièrement porteurs pour les entreprises françaises sachant que les besoins des acteurs locaux essentiellement de nationalités malaisiennes, singapouriennes ou japonaises sont vastes : équipements IT (serveurs, baies de stockage), efficience énergétique (capteurs, climatisation, refroidissement), sécurité physique et des réseaux (PRA/PCA, vidéosurveillance, logiciels de cyberdéfense), ingénierie et construction (bâtiments verts et sécurisés) …

 

  • La cybersécurité et la FinTech

Un autre axe essentiel du plan MyDigital concerne le développement et la sécurisation des transactions électroniques dans la sphère tant publique que privée. Tous les Ministères et les agences publiques placées sous leurs tutelles auront ainsi d’ici 2022 à proposer aux usagers et aux contribuables des modes de paiement en ligne. La signature électronique et sécurisée notamment par le biais d’empreinte digitale sera généralisée dans toutes les administrations malaisiennes d’ici 2025. Des mesures fiscales sont prévues pour inciter également les PME malaisiennes à recourir plus largement aux paiements en ligne. Par ailleurs, le Gouvernement favorise la mise en place d’un environnement numérique sécurisé en encourageant le recours aux solutions de cybersécurité tout en s’engageant à renforcer juridiquement la protection des données personnelles. 70% des entreprises du secteur privé auront à adopter des mesures de cybersécurité d’ici 2025 afin de réduire le nombre des 45 000 cyberattaques quotidiennes recensées en moyenne en Malaisie. En 2020, 84% des PME malaisiennes auraient été victimes de cyberattaques, ce qui représenterait un manque à gagner annuel de près de 20 Mds EUR.

Les atouts de l’offre française en matière de cybersécurité, de confiance numérique et de Fintech sont reconnus et nombreux : la France dispose de leaders mondiaux sur les segments de la sécurité numérique, de la gestion des identités et des accès, des services de cybersécurité et de sécurisation tant des transactions, que des données, du cloud et des objets connectés. L’expertise française sur la protection des données ainsi que les solutions proposées par les 600 FinTech françaises peuvent trouver un terreau favorable en Malaisie, notamment dans les secteurs porteurs de la RegTech (KYC), de l’InsurTech et du E-Wallet.

 

  • L’Intelligence Artificielle (AI), l’Internet des Objets (IoT) et les progiciels de gestion intégrés (ERP)

L’industrie manufacturière malaisienne est un secteur économique important qui a contribué à environ 22 % du PIB au cours des cinq dernières années. Le gouvernement malaisien cherche désormais à accélérer la transformation numérique de son industrie pour disposer de « smart factories », associées à des solutions robotiques, des capteurs intelligents pour récolter de la donnée et de l’analyse prédictive pour optimiser la production. L’IA et l’IoT sont au cœur de cette stratégie visant à numériser et développer l’industrie du futur en Malaisie, mais aussi plus globalement tous les autres secteurs d’activité du pays. Penang constitue en particulier un pôle important de l’IA dans le secteur de l’électronique. Enfin, le marché de l’ERP devrait continuer de croitre dans les prochaines années (+4,6% estimé en 2021) et participer à la numérisation rapide de l’économie malaisienne.

L’offre française pourrait se distinguer en Malaisie par sa créativité et ses compétences (notamment mathématiques) dans le domaine de l’édition de logiciels et de l’IA. Les startups françaises dans l’IA (championnes européennes de levée de fonds en 2019) y auraient aussi leurs places sur des niches de marché. Par ailleurs, des besoins continueront de croitre pour accompagner les entreprises (notamment industrielles) dans la transformation de leurs business models (sociétés de conseil en technologie et transformation numérique).

Développer les talents numériques de la population

Le plan MyDigital met aussi en relief que la transformation numérique du pays passe par le développement du capital humain. Dans les 5 prochains années, le Gouvernement prévoit ainsi 250 formateurs spécialisés dans le secteur pour accompagner la transformation numérique du secteur public, un accès internet dans toutes les écoles du pays, une plateforme d’enseignement en ligne pour le primaire et le secondaire, la création d’une banque de données éducatives numériques pour les élèves et les enseignants, des sessions de formation dans le numérique, le lancement d’une plateforme destinée à favoriser l’entreprenariat, des programmes d’accélération pour les startups…

L’offre française EdTech en prenant en compte l’évolution des usages web et mobiles et les nouveaux besoins de compétences numériques fournit des outils numériques d’apprentissage et des logiciels de vie scolaire qui s’exportent et pourraient répondre à certains des besoins malaisiens.

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Le développement de la fibre optique et de la 5G vont tirer la croissance du marché des télécommunications vers le haut avec l’arrivée de nouveaux usages : réalité virtuelle et augmentée, soins à distance, véhicule autonome, mais aussi ville, agriculture et industrie intelligente.

De manière générale, l’offre européenne -et française en particulier- pourrait être positionnée comme une solution d’arbitrage dans un contexte où la concurrence chinoise (et américaine) domine le marché local. Globalement, l’offre française est appréciée pour sa sureté et sa réputation. La qualité des produits et des services fournis est aussi un atout.

Par ce plan ambitieux, la Malaisie confirme son virage numérique en souhaitant porter l’économie numérique à 23% du PIB d’ici les 10 prochaines années (contre 18% aujourd’hui). La Malaisie consolide ainsi son positionnement stratégique de hub régional numérique de premier plan au cœur de l’ASEAN (650 M de consommateurs répartis sur 10 marchés) avec un écosystème Tech favorable à la croissance des startups et PME Tech (5 000 startups attendus dans 10 ans contre 3 500 aujourd’hui).

Les entreprises françaises ont de réels atouts pour saisir les opportunités d’affaires de la transformation numérique en cours en Malaisie auprès d’acteurs tant publics que privés, notamment du secteur des télécommunications et de l’internet. L’E-gouvernement (numériser 100% des procédures administratives et recourir au cloud), l’E-commerce (un marché de 4,6 Mds USD en 2020), la Ed-Tech, la FinTech (Malaisie hub de la Finance Islamique), la Cybersécurité (20 Mds USD de manque à gagner suite aux cyberattaques), l’IoT, le cloud, les datas centers… sont autant de secteurs porteurs où l’offre française à sa place dans un environnement certes très concurrentiel.

 

Xavier Fraval de Coatparquet
Directeur Bureau Kuala Lumpur – Malaisie

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