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Paradoxe : les lecteurs n’ont jamais été aussi nombreux alors que l’info vacille. Toutes les semaines les sites et les chaînes de télévision battent des records d’audience. Mais la crise actuelle met à jour les failles de l’industrie de l’information, notamment celles de la presse. Dépendantes des revenus publicitaires, les recettes de ses entreprises s’effondrent. Et les retards technologiques des petits éditeurs ralentissent leurs passages au numérique, eux qui étaient déjà fragilisé par la baisse des ventes papiers. Fondateur de la start-up Pressmium, la plateforme de l’info, Aloïs Bazin de Jessey espère que cette confiance nouvelle permettra aux éditeurs de retrouver le chemin du succès.

Business France : Beaucoup de start-ups jouent leur survie depuis le début de l’épidémie. Pressmium semble au contraire faire partie de celles pour qui la période est favorable. A quoi attribuez-vous ce paradoxe ?

Aloïs Bazin de Jessey : Je ne dirais pas que la période nous est favorable. Beaucoup d’éditeurs de presse sont à deux doigts de la rupture et les fake news pullulent… Collectivement, que serons-nous demain si les rédactions disparaissent ? L’information est un bien de première nécessité, et elle n’a peut-être jamais été aussi en danger. En revanche, de notre côté, il est vrai que nous avons signé plus de partenariats avec des marques médias depuis le 20 mars que sur les 2 premiers mois de 2020, avec presque 60 médias notre proposition est de plus en plus exhaustive.  

La période actuelle accroit les difficultés du secteur, et poussent les médias à tester des alternatives au modèle classique basé sur la publicité et la popularité de quelques grandes entreprises américaines de la tech. Je suis convaincu que la révolution numérique de la presse doit passer par la mutualisation des forces marketing et technogiques ainsi que par la multiplication des plateformes d’information. La capacité d’innovation de notre équipe technique ainsi que notre travail avec l’institut de recherche de l’Inria (sur l’implémentation de technos basées sur le Machine Learning, le Natural Language Processing et le Big Data) est une force pour permettre l’émergence d’un nouveau canal dans ce secteur.

Quelles sont vos forces aujourd’hui dans cette crise ?

Nous faisons du BtoC, nos lecteurs continuent de vivre et le besoin d’information grandit. L’information est centrale en période de crise, par ricochet l’application Pressmium entre plus facilement dans le quotidien de nos utilisateurs. De plus, notre produit est un bien culturel dématérialisé, nous n’avons donc aucun problème d’acheminement. Cette crise est une période passionnante pour analyser les forces et les faiblesses de chaque modèle.

Cette période est une réelle chance pour prendre le temps de se structurer davantage et poser les jalons de notre développement futur. Avec toute l’équipe, nous avons un beau défi devant nous ces prochains mois pour faire croitre notre modèle et le pérenniser dans le temps autour des lecteurs et des éditeurs.

Comment évolue la consultation des utilisateurs de Pressmium ces dernières semaines ?

Sur Pressmium, la majeure partie de la consultation se fait via l’application. On a constaté que l’accélération des lectures ne date pas du début confinement en France mais de début mars, alors que l’épidémie s’enflammait en Italie. A partir du 20 mars, le nombre d’articles lus chaque jour a presque doublé, du jour au lendemain, de même que le taux de clic sur les notifications. Cette crise floute le calendrier, et les citoyens sont déboussolés, un besoin quotidien d’information fiable se fait ressentir. Il y a là une accélération des tendances que nous constations, et le besoin d’informations centralisées s’est renforcé, parfois au détriment des réseaux sociaux qui travaillent beaucoup sur ces questions de fiabilité. On constate d’ailleurs que les lecteurs passent plus de temps sur Pressmium, ils découvrent nos médias, fouillent nos fonctionnalités … Et de nombreuses sessions de connexion dépassent les 80 minutes par jour.

Pensez-vous que les nouveaux usages de consommation de l’information numérique que vous observez, conduiront à la multiplication des start-up dans ce domaine ; un nouvel écosystème va-t-il émerger ?

Effectivement, la presse n’a pas encore vécu de grande révolution digitale et l’écosystème de l’info va beaucoup évoluer dans les prochaines années. La technologie va révolutionner les usages, notamment vers de l’audio ainsi que simplifier et amplifier l’accès à l’information travaillée et ciblée pour chacun. En somme, le but est d’amener le lecteur à mieux appréhender et comprendre l’actualité grâce à la technologie. Je pense effectivement que ce nouveau marché va intéresser de plus en plus de start-ups et permettre l’éclosion d’un nouvel écosystème.

Comment avez-vous organisé vos équipes ces dernières semaines ?

Nous avions pu réfléchir en amont aux conséquences de l’arrivée en France de l’épidémie et avons fait une dernière réunion physique avant le confinement total pour préparer l’équipe à cette période déroutante. Nos équipes ont longtemps été partagées en deux, la partie tech et développement dans les laboratoires de l’Inria, la partie éditeur et marketing à Station F, dans l’incubateur de l’EDHEC, nous avions donc plus ou moins l’habitude du travail à distance. L’important dans cette période est de garder un cap collectif.  

A propos de Pressmium

Pressmium est une jeune startup tricolore dans l’information qui propose une application fondée autour de trois piliers :

  • Multi-sources : une plateforme transversale en termes de médias, de points de vue et de thématiques avec des articles de fond normalement réservés aux abonnés.
  • Tout-en-un : une interface ergonomique avec un accès direct aux articles et sans publicité.
  • A la carte : du service (personnalisation, recommandation,) pour pousser le contenu en fonction des préférences du lecteur.
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