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par Julien Mialaret et Victor Tenneroni, Idinvest Partners (Singapour) pour Business France.

L’Asie du Sud-Est est un marché à part entière, extrêmement dynamique, et une formidable porte d’entrée sur l’Asie [1]  pour les entrepreneurs français. Avec 622 millions d’habitants, une croissance annuelle du PIB de 5% sur les cinq dernières années [2] , la région vit actuellement un boom technologique sans précédent tiré par l’émergence d’une classe moyenne avide de nouveaux services.

Une génération « mobile-first » et des champions tech régionaux devenus incontournables

La base d’utilisateurs d’internet a plus que doublé entre 2016 et 2019, atteignant 460 millions d’internautes, dont 90% sont mobile-first. Dans le même temps, une majorité d’entre eux n’ont pas accès à des services essentiels de qualité – éducation, soins, services bancaires – et sont donc réclamés par cette nouvelle classe moyenne. De même qu’en Chine il y a dix ans, l’Asie du Sud-Est compte désormais des géants dans les domaines de l’e-commerce – Tokopedia, Bukalapak –, du voyage – Traveloka –, et du transport urbain à la demande – Grab, Gojek. Ces sociétés ont d’ailleurs repris avec brio le modèle de Superapp de WeChat et Alipay, offrant une vaste gamme de produits, de la mobilité personnelle à la livraison de repas en passant par les services financiers, assurantiels et de santé. Grab a pour sa part montré sa supériorité sur Uber en 2018 en faisant l’acquisition de toutes ses opérations locales.

Portée par une industrie du financement en venture capital jeune mais en pleine ébullition

Cette expansion est soutenue par un financement en amorçage et capital développement qui a doublé entre 2017 et 2018, atteignant près de 11 milliards de dollars investis dans 337 transactions [3] . Celui-ci est encouragé par les premières IPOs, même si le M&A demeure la voie de liquidité la plus réaliste pour ce jeune écosystème. En 2017, Razer est valorisé à 4.4 milliards de dollars. La même année, SEA atteint 4.9 milliards [4]  .

Un marché propice aux entrepreneurs français

Si la fragmentation de l’écosystème, en premier lieu géographique, est réelle, les entrepreneurs français habitués à l’Europe sont bien préparés. A la différence de la Chine, il n’y a pas de barrière de langue élevée : pour l’entreprenariat et le financement, le carrefour principal est de loin Singapour, dont la langue officielle est l’anglais. L’une des forces des entrepreneurs français en Asie du Sud-Est est, comme ailleurs, leur capacité à adresser le B2B. Or, nombreux sont les conglomérats régionaux à avoir amorcé leur numérisation, par une collaboration poussée avec les entrepreneurs. Ils sont souvent leurs premiers clients et partenaires pour une implantation accélérée  [5] .

Des entrepreneurs hexagonaux qui développent leurs sociétés vers l’Asie du Sud-Est

Les ponts entre l’écosystème français et l’Asie du Sud-Est sont nombreux.

Tout d’abord, il y a les entrepreneurs français qui y ont développé avec talent leurs sociétés. Olivier Hersent a lancé la filiale Asie d’Actility, le leader mondial de solutions IoT bas-débit [NDLR : soutenu par Idinvest, Eurazeo] après avoir levé sa Series C avec Foxconn. Aujourd’hui, Actility sert des clients à Singapour, en Thaïlande, au Japon, en Australie, et plus récemment au Vietnam, où la société offre une solution de gestion énergétique de sites industriels en partenariat avec Opinum [ 6] . Meero, la licorne française [NDLR : soutenu par Idinvest, Eurazeo] et place de marché pour la photographie, s’est développée rapidement en Asie après avoir levé une des plus importantes Series C de France en 2019 [7 ]  . A l’instar de son développement en Europe, Meero compte déjà des géants de la tech asiatique comme clients après l’ouverture d’un bureau régional à Singapour. La société a pour objectif d’atteindre 50 employés en Asean à fin 2020 [8] .

Des entrepreneurs français qui se lancent directement depuis l’Asie du Sud-Est

Il y a ensuite les entrepreneurs français qui ont créé leur société directement depuis l’Asie du Sud-Est. La plateforme de communications cloud Wavecell, fondée en 2010 par Olivier Gerhardt, a été rachetée pour US$125m en juillet 2019 par la société américaine 8x8  [9] . Parmi les sociétés early-stage, il y a notamment Novade, lancée par Denis Branthonne, qui vient de compléter sa Series B avec le fonds international SIG. On compte même désormais des sociétés françaises qui proposent l’aide à l’incorporation et de multiples services aux entreprises en ligne en Asie du Sud-Est comme Sleek, fondée par Adrien Barthel et Julien Labruyère en 2017. Enfin, de nombreux entrepreneurs issus des équipes de la plateforme d’e-commerce Lazada ont eux-mêmes créé leur société dans la région, forts de cette expérience. C’est le cas de Guillaume Castagne, qui a fondé la startup de co-living Cove, ou encore de Charles Debonneuil, CEO de la startup d’e-commerce Intreprid.
L’Asie du Sud-Est se rapproche encore timidement de la France, mais on assiste aux premières velléités d’expansion par les nouveaux géants régionaux, la plus récente étant l’acquisition de Qopius-, société de reconnaissance d’images, par la retail tech startup singapourienne Trax en février 2020 [10]  .

Des places à prendre dès à présent

L’Asie du Sud-Est a connu une première vague de sociétés numériques très B2C et très mobile-first qui porte des services essentiels à portée de main : leur valeur d’usage au quotidien est inestimable, tant les infrastructures traditionnelles ont manqué dans cette région du monde. Une seconde vague, plus technologique et B2B se dessine à présent, et elle offre de multiples opportunités pour les entrepreneurs français, pourvus qu’ils sachent naviguer les subtiles différences de cultures et s’aguerrir rapidement aux pratiques d’affaire de la zone. Singapour et Paris sont très maillés, les sources d’information sont à portée de main – e27 [11]  , TechInAsia  [12] , Asean Tech Digest [13]  , par exemple – et sont alimentées localement sur de multiples groupes WhatsApp par différents acteurs de la FrenchTech. Cette deuxième vague offre des espaces considérables et des places à prendre. Nous l’accompagnons avec le fonds Smart City I d’Idinvest – mobilité, logistique, énergies nouvelles, proptech, industrie 4.0.

A propos d’Idinvest Partners :

Avec 9 milliards d’euros sous gestion, Idinvest Partners est un acteur reconnu du Private Equity en Europe. Idinvest Partners a développé plusieurs expertises complémentaires en capital innovation & capital croissance à destination d’entreprises innovantes ; en dette privée (financements senior et subordonné) ;   en investissements primaires et secondaires dans des sociétés européennes non cotées et en activités de conseil en Private Equity. Créée en 1997, Idinvest Partners appartenait au Groupe Allianz jusqu’en 2010, date à laquelle la société est devenue indépendante. En 2018, Idinvest Partners est devenue une filiale d’Eurazeo, société mondiale d’investissement qui gère 18,8 milliards d’euros d’actifs dont près de 12,5 milliards pour compte de tiers investis dans un portefeuille de près de 430 entreprises. Idinvest et Eurazeo sont actifs en Asie avec des équipes à Shanghai, Séoul et Singapour.

 

Contact:

Julien Mialaret | LinkedIn

Victor Tenneroni | LinkedIn |Asean Tech Digest

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